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La gestion des émotions au quotidien : on en parle !
Par Christine Friderich, sophrologue à Clichy

Vous vous étiez promis de rester zen aujourd’hui. Et puis la journée commence mal : vous butez sur le linge sale que votre ado a laissé dans la salle de bain. Restons zen, je ne dis rien, je connais la réponse : « T’inquiète, maman. » Et puis il n’y a plus de biscottes pour le petit déjeuner, je n’ai pas eu le temps de faire les courses.
Eh oui, parce que dans cette maison, c’est vous qui faites les courses. Tant pis, ce n’est pas grave : vous avalerez vite fait un croissant.
Dans les transports en commun (parce que oui, c’est plus écolo), vous voilà serrée contre vos voisins dans une rame bondée.
Commence alors une dure journée de labeur, avec des mails marqués « urgent » qui vous demandent d’un ton pressant : « Où en êtes-vous de ma commande ? »
Dans l’atmosphère à la fois conviviale et bruyante de votre open space, vous gérez, vous prenez sur vous, vous tentez de répondre poliment, de rassurer. Ouf, ça va le calmer pour une petite semaine !
Et puis à 10 h, vous voyez vos collègues de plateau se diriger vers une réunion avec la cheffe. « J’ai raté un truc ? Vous allez où ? » « Ah non, toi, tu ne fais pas partie du projet, mais t’inquiète, on t’en parlera plus tard. » D’accord, je vois. Vous ravalez votre frustration et passez à autre chose, pour ne pas sentir ce mélange de colère, de tristesse et d’injustice qui gronde à l’intérieur.
À midi, on se détend comme on peut : on parle des enfants, ou on se défoule un peu sur la collègue qui nous insupporte. L’après-midi, vous enchaînez courageusement les rendez-vous, avec la satisfaction de voir la to-do list s’alléger, au prix d’un rythme en apnée et de journées à rallonge. Mais ça va, je tiens le coup. Il faut bien gagner sa croûte !
C’est jeudi, le seul jour où vous partez plus tôt, à 17 h 30, pour aller chercher votre fils au judo. Vous vous efforcez de vous éclipser discrètement, en rasant les murs, avec la peur de croiser le collègue trop drôle qui va lancer : « Tu pars déjà ? »
Le soir, c’est une autre histoire. « Qu’est-ce qu’on mange ? » demandent vos deux ados affamés, qui lèvent à peine le nez de leur téléphone. Mince, il faut que j’aille faire les courses.
À votre retour, votre fils vous tend des circulaires de l’école : « C’est urgent, il faut que tu remplisses ça pour demain. » « Tu as fait tes devoirs ? » « Oui, t’inquiète. »
Et au moment où vous n’avez plus qu’une envie, aller vous coucher, il vous tend ses copies à signer, pour demain aussi.
D’un coup, vous n’avez plus du tout sommeil. Votre sang ne fait qu’un tour quand vous découvrez les mauvaises notes de votre chérubin, avec en rouge : « Travail superficiel, la leçon n’est pas apprise. »
Vous avez complètement oublié votre webinaire sur l’écoute active et la communication non violente, et paf ! Le ton monte : « Tu te moques de moi ? Tu me dis ça à cette heure-ci ? »
Tout y passe, les reproches, les menaces de punition… Ça y est, c’est fichu : vous êtes vraiment en colère, et vous allez ruminer toute la nuit.
Étouffer ses émotions ou les accueillir
Cette journée, je l’ai vécue mille fois, jusqu’à ce que je comprenne que j’avais un grand besoin de m’occuper de moi et de mes émotions.
D’une nature calme, tout le monde m’enviait mon caractère zen. Quel mensonge ! J’avais simplement coupé la connexion entre mon corps et mon esprit, ce lien qui passe par les émotions. Je croyais gérer mes émotions en m’efforçant de rester calme et de ne pas faire de vagues, mais il arrivait toujours un moment où, vous savez, il y a la phrase de trop, et paf, ça part !
Je confondais gérer ses émotions en les étouffant et gérer ses émotions en les accueillant. Et ça change tout ! Accueillies, les émotions deviennent une sorte de GPS intérieur, qui vous donne accès à vos besoins et vous aide à exprimer ce qui compte vraiment pour vous.
Il ne suffit pas de comprendre ce mécanisme et d’écouter quelques webinaires pour que les choses changent ; cela aussi, j’ai mis du temps à le réaliser. Tant que l’émotion n’est pas vécue et reconnue à travers les sensations du corps, pour délivrer son message au mental, le changement ne s’opère pas vraiment.
Ce que la sophrologie apporte
C’est, à mon sens, la force de la sophrologie par rapport à d’autres méthodes. En permettant de vivre l’émotion par le corps, elle donne accès à ce qu’il y a de vivant en soi : on se sent mieux à la fois dans sa tête et dans son corps, on se connecte à ses ressources intérieures et on peut se projeter plus positivement dans l’avenir.
Il ne s’agit pas de s’accrocher à l’idée un peu folle que tout ce que l’on traverse devrait être linéaire, mais plutôt de se réconcilier avec la vie, en apprenant à faire de ses émotions ses meilleures amies.
